Société inactive ou sans revenu au Québec : quelles obligations ?

Par
Simon Vanpeperstraete
1/9/2026
Société inactive sans revenu entourée de ses obligations fiscales et corporatives au Québec

Une société sans revenu reste une société. L’absence de chiffre d’affaires ne met aucune obligation en veilleuse : la T2 fédérale se produit chaque année d’imposition même sans impôt à payer, le CO-17 aussi lorsque la société est visée, la mise à jour annuelle reste due même si rien n’a changé, et les déclarations de TPS et de TVQ continuent tant que les comptes sont inscrits. Ignorer ces dépôts peut mener à la radiation d’office et à la dissolution au lieu de mettre la société sur pause.

Qu’est-ce qu’une société inactive ou sans revenu ?

Il n’existe pas de statut « inactif » qu’on demande à un guichet. Une société inactive existe toujours juridiquement mais n’a réalisé aucune opération commerciale pendant l’année : le projet est sur pause, l’associé est parti, la coquille demeure. La société sans revenu, elle, peut avoir des dépenses et un compte bancaire actif. Cette distinction change le contenu de vos déclarations, jamais l’obligation de les produire.

Ne confondez pas non plus votre société avec une entreprise individuelle. Le travailleur autonome non incorporé n’a ni T2 ni rapport annuel fédéral à déposer. Si vous vous êtes incorporé, ces obligations sont les vôtres.

Quelles obligations continuent malgré l’absence de revenus ?

Quatre familles d’obligations survivent à l’inactivité : les déclarations fiscales fédérale et provinciale, les dépôts corporatifs au Registraire des entreprises et à Corporations Canada, les déclarations de taxes si vos comptes sont inscrits, et la tenue de vos registres internes. Les échéances dépendent de votre fin d’année financière, pas du 31 décembre.

ObligationQui l’imposeÉchéanceFrais officiels
T2Agence du revenu du Canada6 mois après la fin d’année d’impositionAucun
CO-17Revenu Québec, si la société est visée6 mois après la fin d’année d’impositionAucun
Mise à jour annuelleRegistraire des entreprises15 mai au 15 novembre si produite seule106 $, ou 159 $ prioritaire
Rapport annuel fédéralCorporations Canada60 jours après la date anniversaire12 $ en ligne
TPS et TVQARC et Revenu Québec, si inscritSelon la période attribuéeAucun

Les montants sont approximatifs, correspondent aux tarifs publiés en 2026 et ne remplacent pas un avis juridique ou fiscal sur votre situation.

S’ajoute le livre des minutes, qui doit refléter les résolutions réelles de la société même pendant une pause. Une société fédérale conserve ses statuts, ses règlements, ses procès-verbaux, son registre des valeurs mobilières et des livres comptables adéquats, ces derniers six ans après la fin de l’exercice. Le défaut de s’y conformer sans motif raisonnable est une infraction passible d’une amende pouvant atteindre 5 000 $. Notre guide sur le livre des minutes détaille son contenu.

Société inactive entourée de ses obligations fiscales, réglementaires et corporatives au Québec
Sans revenu, quatre cycles continuent : déclarations fiscales, taxes de vente, mise à jour au registre et tenue des livres.

La déclaration T2 : obligatoire même à zéro

L’Agence du revenu du Canada est explicite. Toutes les sociétés résidentes, sauf les sociétés d’État exonérées, les colonies huttérites et les organismes de bienfaisance, produisent une T2 pour chaque année d’imposition même sans impôt à payer. Les sociétés inactives sont nommément visées, et le délai est de six mois après la fin de l’année d’imposition (Agence du revenu du Canada).

Une société inactive toute l’année, sans information de bilan ni d’état des résultats, n’a pas à joindre les annexes 100, 125 et 141, même si l’ARC les accepte. La déclaration reste due; c’est son contenu qui s’allège.

Depuis les années d’imposition qui commencent après 2023, la transmission électronique est généralement obligatoire, avec des exceptions prévues. Une société qui devait produire par Internet et ne le fait pas s’expose à 1 000 $ de pénalité, le genre de facture qui frappe les dossiers que plus personne ne surveille.

Le CO-17 et la mise à jour au registre des entreprises

Au Québec, deux obligations distinctes se chevauchent souvent dans la tête des entrepreneurs.

Le CO-17 est une déclaration fiscale. Il vise toute société tenue de produire une déclaration de revenus pour une année d’imposition, notamment parce qu’elle avait un établissement au Québec. L’inactivité ne l’élimine pas : Revenu Québec exige au contraire qu’une société inactive joigne un bilan indiquant sa situation financière à la fin de l’année. Le délai est le même qu’au fédéral. Pour les années d’imposition débutant le 1er janvier 2024 ou après, la transmission par Internet est obligatoire, sous réserve des exceptions prévues.

La déclaration de mise à jour annuelle n’a rien de fiscal. C’est un dépôt corporatif au Registraire des entreprises, exigé de toutes les entreprises immatriculées même sans aucun changement à déclarer (Gouvernement du Québec). Produite séparément, elle se dépose entre le 15 mai et le 15 novembre. Produite conjointement avec le CO-17, les droits annuels se paient au plus tard deux mois après la fin de l’exercice et la déclaration six mois après. Le tarif régulier 2026 est de 106 $, droits inclus (tarifs du Registraire).

Si votre société est constituée au fédéral, ajoutez le rapport annuel de Corporations Canada, qui n’est pas la T2. Il se dépose dans les 60 jours suivant la date anniversaire de constitution, de fusion ou de prorogation, au coût de 12 $ en ligne, avec les renseignements sur les particuliers ayant un contrôle important (Corporations Canada).

TPS et TVQ : les déclarations nulles restent dues

La règle est conditionnelle, et ça mérite d’être dit clairement : elle s’applique dès que la société est inscrite. Un inscrit produit une déclaration pour chaque période, même sans transaction, sans revenu et sans montant à remettre (Agence du revenu du Canada). Revenu Québec dit la même chose pour la TVQ et permet une déclaration combinée.

Savoir si votre société devait s’inscrire au départ est un autre débat. Mais si les comptes existent, les déclarations nulles s’accumulent. La période attribuée détermine l’échéance. Pour la plupart des déclarants annuels, production et paiement sont généralement exigés trois mois après la fin de l’exercice.

Que risque une société qui ne produit rien ?

C’est la partie que les entrepreneurs sous-estiment le plus. Une société sans revenu ne doit souvent aucun impôt, donc les pénalités calculées en pourcentage d’un solde impayé ne mordent pas. Le vrai risque est corporatif.

ManquementConséquence
T2 en retard5 % de l’impôt impayé plus 1 % par mois complet, jusqu’à 12 mois; 10 % plus 2 % par mois jusqu’à 20 mois après mise en demeure avec récidive récente
T2 non transmise par Internet quand c’est obligatoire1 000 $
CO-17 en retard5 % du solde impayé plus 1 % par mois complet, maximum 12 mois
TPS en retard avec montant dû1 % du montant dû plus 0,25 % de ce 1 % par mois complet, jusqu’à 12 mois; rien si le solde est nul ou remboursable
TPS non transmise électroniquement100 $ au premier défaut, 250 $ ensuite
Mise à jour annuelle en retard50 % des droits annuels d’immatriculation
Deux mises à jour consécutives manquéesRadiation d’office, qui entraîne la dissolution d’une société constituée au Québec
Société fédérale en défaut un an, ou sans activité 3 ansDissolution possible par le directeur après préavis de 120 jours; la société cesse d’exister à la date du certificat

Les deux dernières lignes font mal. Une société dissoute n’exploite plus rien, les biens dont elle n’a pas disposé sont en principe dévolus à la Couronne, et des procédures peuvent encore être intentées contre elle pendant deux ans. La reconstitution existe, mais c’est une démarche, pas un formulaire de rattrapage : au Québec, la révocation de la radiation coûte 134 $ en tarif régulier et 201 $ en prioritaire. Le parcours est détaillé dans notre article sur la société radiée au Québec.

Garder la société ou la dissoudre ?

La question se pose dès que la pause n’a plus de date de fin claire. Pour une société fédérale immatriculée au Québec, maintenir la coquille coûte environ 118 $ par année en frais officiels, soit 106 $ au registre québécois et 12 $ pour le rapport annuel fédéral, plus les honoraires comptables. Une société constituée au Québec ne produit pas ce rapport fédéral. Ce qui coûte cher, c’est surtout d’oublier les dépôts qui s’appliquent.

Votre situationCe qui a du sens
Pause temporaire, reprise encore prévueGarder la société et produire toutes les déclarations, y compris les nulles
Actifs, propriété intellectuelle ou contrats au nom de la sociétéGarder, et documenter les résolutions au livre des minutes
Aucun actif, aucun projet, aucune intention de reprendreDissoudre volontairement plutôt que de laisser radier
Déjà radiée mais vous voulez reprendreDemander la révocation avant toute nouvelle opération
Comptes de TPS et TVQ inscrits mais inutilisésFermer les comptes, puis produire les déclarations finales

Si vous fermez, l’ordre des étapes compte. Revenu Québec exige que l’inscription à la TPS et à la TVQ soit annulée avant la dissolution, que les remises d’employeur soient réglées le cas échéant, et qu’une déclaration de revenus couvre l’année de la dissolution jusqu’à la date du certificat. Le certificat de dissolution régulier est sans frais au Québec, 53 $ en prioritaire. Notre guide sur la dissolution d’une société au Québec décrit la séquence.

Chemin de décision entre maintenir une société inactive et la dissoudre officiellement
Maintenir suppose des dépôts à jour. Dissoudre exige de fermer les comptes, produire les déclarations finales et régler les actifs.

Questions fréquentes

Dois-je produire une T2 si ma société n’a jamais démarré ?

Oui. L’obligation vise l’existence de la société, pas son activité. Une société résidente constituée mais jamais exploitée produit une T2 pour chaque année d’imposition, même sans revenu ni impôt à payer. Son contenu sera minimal, mais l’absence de dépôt reste un défaut.

Combien coûte une déclaration de mise à jour annuelle au Québec ?

Pour une société par actions, le tarif régulier 2026 est de 106 $, droits annuels d’immatriculation inclus, et 159 $ en service prioritaire. Une déclaration produite en retard entraîne une pénalité égale à 50 % des droits annuels, en plus des intérêts sur les droits impayés.

Que se passe-t-il après deux déclarations annuelles manquées ?

Le Registraire des entreprises peut radier l’immatriculation d’office. Pour une société par actions constituée au Québec, cette radiation entraîne la dissolution de la société. Vous pouvez ensuite déposer une demande de révocation de la radiation, mais ce n’est pas une restauration automatique.

Le rapport annuel fédéral remplace-t-il la déclaration T2 ?

Non, ce sont deux dépôts distincts auprès de deux organismes. Le rapport annuel est une formalité de droit corporatif déposée auprès de Corporations Canada dans les 60 jours suivant la date anniversaire, au coût de 12 $ en ligne. La T2 va à l’Agence du revenu du Canada.

Puis-je fermer mes comptes de TPS et TVQ sans dissoudre la société ?

Oui, les deux démarches sont séparées. Fermer vos comptes met fin aux déclarations de taxes, mais la société continue d’exister et reste tenue de produire ses déclarations de revenus et ses dépôts corporatifs annuels. Pour tout arrêter, il faut dissoudre.

Combien de temps dois-je conserver les documents d’une société inactive ?

L’ARC exige généralement six ans à compter de la fin de l’année d’imposition visée, et six ans à compter de la date de production pour une déclaration tardive. Après une dissolution, certains registres doivent être conservés deux ans. Une opposition ou un appel prolonge ces délais.

Remettre votre société en règle

Une société dormante se rattrape presque toujours, tant qu’elle n’a pas été dissoute. Le travail consiste à reconstituer l’historique : quelles déclarations manquent, quels dépôts n’ont pas été faits, ce que les registres corporatifs auraient dû consigner.

Lexstart fait cet exercice avec vous : vérification de l’état de votre société au registre, remise à jour de vos registres, et accompagnement dans la dissolution si la pause est définitive. Écrivez-nous et nous commencerons par vous dire ce qui manque, avant de proposer quoi que ce soit.

Simon Vanpeperstraete
Simon Vanpeperstraete
Co-Fondateur & Directeur général

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