Actionnaire, administrateur, dirigeant : qui fait quoi

Par
Inès Van der Straeten
15/8/2026
Trois personnages distincts reliés à une entreprise, représentant l'actionnaire, l'administrateur et le dirigeant

Dans une société par actions québécoise, trois rôles coexistent : actionnaire, administrateur et dirigeant. On les confond constamment, et cette confusion coûte cher le jour où il faut savoir qui pouvait signer, qui répond des dettes et quel nom apparaît publiquement au registre. Voici la répartition exacte.

Quelle est la différence entre actionnaire, administrateur et dirigeant ?

L'actionnaire possède, l'administrateur décide, le dirigeant exécute. C'est la façon la plus courte de le dire, et la Loi sur les sociétés par actions la traduit en pouvoirs, en devoirs et en responsabilités très différents pour chacun.

CritèreActionnaireAdministrateurDirigeant
Comment on le devientEn acquérant des actions et en étant inscrit au registre des valeurs mobilièresÉlu par les actionnaires, mandat d'au plus 3 ansNommé par résolution du conseil d'administration
Rôle principalDétenir la valeur, voter aux assembléesGérer la société ou surveiller sa gestionExécuter la gestion courante déléguée
Devoir de loyauté envers la sociétéNonOuiOui
Responsabilité personnelleLimitée à la mise de fondsÉtendue, salaires et fisc inclusLimitée, sauf environnement et santé-sécurité
Nom public au registreNon, sauf bénéficiaire ultimeOui, toujoursPartiellement seulement
Comparaison des trois rôles dans une société par actions : actionnaire, administrateur et dirigeant
Trois rôles, trois logiques : posséder, décider, exécuter.

La ligne la plus mal comprise est la dernière. Un actionnaire n'apparaît pas au registre des entreprises en tant qu'actionnaire. Il y figure seulement s'il est bénéficiaire ultime, donc généralement à partir de 25 % des droits de vote ou de la valeur, ou si une convention unanime lui a transféré les pouvoirs du conseil.

Qui décide quoi, concrètement ?

Les actionnaires ne gèrent pas la société. L'article 112 de la Loi sur les sociétés par actions confie au conseil d'administration tous les pouvoirs nécessaires pour gérer les activités et les affaires internes, et précise que l'exercice de ces pouvoirs ne nécessite pas l'approbation des actionnaires, sauf dans la mesure prévue par la loi.

DécisionQui la prend
Élire et révoquer les administrateursLes actionnaires
Modifier les statuts, fusionner, dissoudreLes actionnaires, par résolution spéciale
Déclarer un dividendeLe conseil d'administration
Émettre des actionsLe conseil d'administration
Approuver les états financiers présentés à l'assembléeLe conseil d'administration
Nommer les dirigeants et fixer leur rémunérationLe conseil d'administration
Signer les contrats courants, gérer les opérationsLes dirigeants, par délégation

Un actionnaire mécontent de la gestion n'a donc pas le pouvoir de renverser une décision d'affaires. Son levier est de changer le conseil, ou d'exercer un recours judiciaire pour abus.

Une seule personne peut-elle tout être à la fois ?

Oui, et c'est le cas le plus fréquent au Québec. Le conseil peut ne compter qu'un seul administrateur. La qualité d'actionnaire n'est pas requise pour être administrateur, mais rien n'interdit le cumul. Le conseil peut nommer des administrateurs comme dirigeants. Et l'assemblée peut être tenue par le seul actionnaire.

L'article 217 va encore plus loin pour l'actionnaire unique qui s'est attribué tous les pouvoirs du conseil par déclaration écrite : il peut choisir de ne pas constituer de conseil d'administration, de ne pas nommer de vérificateur, et n'est pas tenu de se conformer aux exigences relatives au règlement intérieur, aux assemblées d'actionnaires et aux réunions du conseil.

Le piège du cumul est ailleurs. Porter les trois chapeaux ne fusionne pas les responsabilités : vous conservez la protection limitée de l'actionnaire sur votre mise de fonds, et vous assumez l'entièreté de l'exposition personnelle de l'administrateur. Beaucoup de fondateurs croient qu'être incorporé les protège de tout, alors que leur siège au conseil est précisément ce qui les expose.

Qui répond personnellement des dettes ?

L'actionnaire n'est pas responsable, en cette qualité, des actes de la société. Sa seule obligation est de payer le solde dû sur ses actions. Les exceptions sont étroites : fraude, abus de droit ou contravention à une règle d'ordre public au sens de l'article 317 du Code civil, participation à une fraude envers la société, ou cautionnement personnel signé volontairement.

L'administrateur, lui, porte l'essentiel du risque : jusqu'à six mois de salaires impayés des employés, les retenues à la source, la TPS et la TVQ non versées, et la restitution des dividendes ou rachats illégaux. Sur le volet fiscal, l'exposition survit deux ans après la fin du mandat.

Le dirigeant qui ne siège pas au conseil échappe à ces responsabilités statutaires, mais reste tenu aux mêmes devoirs de prudence, de diligence et de loyauté, et demeure visé par les régimes environnemental et de santé et sécurité du travail.

Comment les trois rôles changent-ils quand l'entreprise grandit ?

Au départ, une seule personne occupe les trois fonctions et la question ne se pose pas. Elle surgit dès la première entrée de capital. Un investisseur qui prend des actions devient actionnaire sans devenir administrateur, et il voudra souvent un siège au conseil pour surveiller sa mise.

Trois moments déclenchent une clarification des rôles. L'arrivée d'un actionnaire passif, qui exige de distinguer la détention de la gestion. Le recrutement d'un gestionnaire externe, qui suppose une résolution de nomination et un mandat écrit. Et la première dette bancaire garantie, où la banque exigera de savoir qui siège au conseil et qui signe.

Un conseil purement nominal, où des proches acceptent un siège sans participer, est le scénario le plus risqué. Ces administrateurs assument la responsabilité complète des salaires et du fisc sans avoir la moindre visibilité sur la gestion. Si personne ne siège vraiment, mieux vaut un conseil d'un seul membre qu'un conseil de complaisance.

Une seule personne cumulant les rôles d'actionnaire, d'administrateur et de dirigeant
Porter les trois chapeaux est permis au Québec, mais cela additionne les responsabilités.

Comment les rôles apparaissent-ils au Registraire des entreprises ?

C'est la question pratique que tout entrepreneur finit par se poser, et la réponse est nuancée.

PersonneDéclaré au registre ?
Chaque administrateurOui, nom, domicile, date de naissance, fonction et dates de mandat
Président, secrétaire et principal dirigeant non membres du conseilOui
Autres dirigeantsNon
Actionnaire ordinaireNon
Actionnaire bénéficiaire ultimeOui, comme bénéficiaire ultime
Actionnaires assumant les pouvoirs du conseil par convention unanimeOui

Tout changement doit être déclaré dans les 30 jours. Ces informations sont opposables aux tiers une fois inscrites, ce qui explique pourquoi une démission d'administrateur non déclarée laisse l'ancien administrateur exposé.

Pour organiser les rapports entre les trois rôles, l'outil central reste la convention entre actionnaires. Sa version unanime peut même retirer au conseil ses pouvoirs de gestion et transférer aux signataires les devoirs et responsabilités correspondants.

Information juridique générale à jour en août 2026. Elle ne remplace pas un avis adapté à votre situation.

Questions fréquentes sur les trois rôles

Un actionnaire majoritaire peut-il congédier un dirigeant ? Pas directement. La nomination et la révocation des dirigeants relèvent du conseil d'administration. Un actionnaire majoritaire y parvient indirectement, en révoquant les administrateurs par résolution ordinaire puis en faisant nommer un conseil qui procédera au changement.

Qui a le plus de pouvoir dans une société québécoise ? Cela dépend de l'horizon. Le conseil détient le pouvoir de gestion au quotidien, mais les actionnaires détiennent le pouvoir de composer le conseil. À long terme, c'est donc le contrôle du capital-actions qui décide.

Un administrateur doit-il être actionnaire ? Non. La qualité d'actionnaire n'est pas requise, sauf disposition contraire des statuts. Beaucoup de PME nomment des administrateurs externes pour la gouvernance, sans leur remettre d'actions.

Faut-il un conseil d'administration dans une société unipersonnelle ? Pas nécessairement. L'actionnaire unique qui s'attribue tous les pouvoirs du conseil par déclaration écrite peut choisir de ne pas en constituer, et se libère des exigences relatives aux assemblées et aux réunions du conseil.

Les trois rôles peuvent-ils être occupés par des personnes différentes ? Oui, et c'est souvent souhaitable dès qu'il y a plusieurs investisseurs. Séparer la détention, la gouvernance et l'exploitation clarifie les mandats, limite les conflits d'intérêts et facilite l'entrée d'un actionnaire passif.

Clarifier les rôles avant la première décision difficile

Tant que tout va bien, personne ne demande qui avait le pouvoir de signer. Le jour où un associé veut sortir, où une banque exige une résolution ou où le fisc cotise, la réponse doit être écrite dans le livre de la société.

Lexstart structure vos rôles dès la constitution, prépare vos résolutions et tient votre livre de société à jour. Pour approfondir chaque rôle, lisez nos guides sur l'actionnaire, l'administrateur et le dirigeant. Une structure à mettre en place ? Parlez-en à notre équipe.

Inès Van der Straeten
Responsable de la communication et du marketing

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