Actionnaire, administrateur, dirigeant : qui fait quoi

Dans une société par actions québécoise, trois rôles coexistent : actionnaire, administrateur et dirigeant. On les confond constamment, et cette confusion coûte cher le jour où il faut savoir qui pouvait signer, qui répond des dettes et quel nom apparaît publiquement au registre. Voici la répartition exacte.
Quelle est la différence entre actionnaire, administrateur et dirigeant ?
L'actionnaire possède, l'administrateur décide, le dirigeant exécute. C'est la façon la plus courte de le dire, et la Loi sur les sociétés par actions la traduit en pouvoirs, en devoirs et en responsabilités très différents pour chacun.
| Critère | Actionnaire | Administrateur | Dirigeant |
|---|---|---|---|
| Comment on le devient | En acquérant des actions et en étant inscrit au registre des valeurs mobilières | Élu par les actionnaires, mandat d'au plus 3 ans | Nommé par résolution du conseil d'administration |
| Rôle principal | Détenir la valeur, voter aux assemblées | Gérer la société ou surveiller sa gestion | Exécuter la gestion courante déléguée |
| Devoir de loyauté envers la société | Non | Oui | Oui |
| Responsabilité personnelle | Limitée à la mise de fonds | Étendue, salaires et fisc inclus | Limitée, sauf environnement et santé-sécurité |
| Nom public au registre | Non, sauf bénéficiaire ultime | Oui, toujours | Partiellement seulement |

La ligne la plus mal comprise est la dernière. Un actionnaire n'apparaît pas au registre des entreprises en tant qu'actionnaire. Il y figure seulement s'il est bénéficiaire ultime, donc généralement à partir de 25 % des droits de vote ou de la valeur, ou si une convention unanime lui a transféré les pouvoirs du conseil.
Qui décide quoi, concrètement ?
Les actionnaires ne gèrent pas la société. L'article 112 de la Loi sur les sociétés par actions confie au conseil d'administration tous les pouvoirs nécessaires pour gérer les activités et les affaires internes, et précise que l'exercice de ces pouvoirs ne nécessite pas l'approbation des actionnaires, sauf dans la mesure prévue par la loi.
| Décision | Qui la prend |
|---|---|
| Élire et révoquer les administrateurs | Les actionnaires |
| Modifier les statuts, fusionner, dissoudre | Les actionnaires, par résolution spéciale |
| Déclarer un dividende | Le conseil d'administration |
| Émettre des actions | Le conseil d'administration |
| Approuver les états financiers présentés à l'assemblée | Le conseil d'administration |
| Nommer les dirigeants et fixer leur rémunération | Le conseil d'administration |
| Signer les contrats courants, gérer les opérations | Les dirigeants, par délégation |
Un actionnaire mécontent de la gestion n'a donc pas le pouvoir de renverser une décision d'affaires. Son levier est de changer le conseil, ou d'exercer un recours judiciaire pour abus.
Une seule personne peut-elle tout être à la fois ?
Oui, et c'est le cas le plus fréquent au Québec. Le conseil peut ne compter qu'un seul administrateur. La qualité d'actionnaire n'est pas requise pour être administrateur, mais rien n'interdit le cumul. Le conseil peut nommer des administrateurs comme dirigeants. Et l'assemblée peut être tenue par le seul actionnaire.
L'article 217 va encore plus loin pour l'actionnaire unique qui s'est attribué tous les pouvoirs du conseil par déclaration écrite : il peut choisir de ne pas constituer de conseil d'administration, de ne pas nommer de vérificateur, et n'est pas tenu de se conformer aux exigences relatives au règlement intérieur, aux assemblées d'actionnaires et aux réunions du conseil.
Le piège du cumul est ailleurs. Porter les trois chapeaux ne fusionne pas les responsabilités : vous conservez la protection limitée de l'actionnaire sur votre mise de fonds, et vous assumez l'entièreté de l'exposition personnelle de l'administrateur. Beaucoup de fondateurs croient qu'être incorporé les protège de tout, alors que leur siège au conseil est précisément ce qui les expose.
Qui répond personnellement des dettes ?
L'actionnaire n'est pas responsable, en cette qualité, des actes de la société. Sa seule obligation est de payer le solde dû sur ses actions. Les exceptions sont étroites : fraude, abus de droit ou contravention à une règle d'ordre public au sens de l'article 317 du Code civil, participation à une fraude envers la société, ou cautionnement personnel signé volontairement.
L'administrateur, lui, porte l'essentiel du risque : jusqu'à six mois de salaires impayés des employés, les retenues à la source, la TPS et la TVQ non versées, et la restitution des dividendes ou rachats illégaux. Sur le volet fiscal, l'exposition survit deux ans après la fin du mandat.
Le dirigeant qui ne siège pas au conseil échappe à ces responsabilités statutaires, mais reste tenu aux mêmes devoirs de prudence, de diligence et de loyauté, et demeure visé par les régimes environnemental et de santé et sécurité du travail.
Comment les trois rôles changent-ils quand l'entreprise grandit ?
Au départ, une seule personne occupe les trois fonctions et la question ne se pose pas. Elle surgit dès la première entrée de capital. Un investisseur qui prend des actions devient actionnaire sans devenir administrateur, et il voudra souvent un siège au conseil pour surveiller sa mise.
Trois moments déclenchent une clarification des rôles. L'arrivée d'un actionnaire passif, qui exige de distinguer la détention de la gestion. Le recrutement d'un gestionnaire externe, qui suppose une résolution de nomination et un mandat écrit. Et la première dette bancaire garantie, où la banque exigera de savoir qui siège au conseil et qui signe.
Un conseil purement nominal, où des proches acceptent un siège sans participer, est le scénario le plus risqué. Ces administrateurs assument la responsabilité complète des salaires et du fisc sans avoir la moindre visibilité sur la gestion. Si personne ne siège vraiment, mieux vaut un conseil d'un seul membre qu'un conseil de complaisance.

Comment les rôles apparaissent-ils au Registraire des entreprises ?
C'est la question pratique que tout entrepreneur finit par se poser, et la réponse est nuancée.
| Personne | Déclaré au registre ? |
|---|---|
| Chaque administrateur | Oui, nom, domicile, date de naissance, fonction et dates de mandat |
| Président, secrétaire et principal dirigeant non membres du conseil | Oui |
| Autres dirigeants | Non |
| Actionnaire ordinaire | Non |
| Actionnaire bénéficiaire ultime | Oui, comme bénéficiaire ultime |
| Actionnaires assumant les pouvoirs du conseil par convention unanime | Oui |
Tout changement doit être déclaré dans les 30 jours. Ces informations sont opposables aux tiers une fois inscrites, ce qui explique pourquoi une démission d'administrateur non déclarée laisse l'ancien administrateur exposé.
Pour organiser les rapports entre les trois rôles, l'outil central reste la convention entre actionnaires. Sa version unanime peut même retirer au conseil ses pouvoirs de gestion et transférer aux signataires les devoirs et responsabilités correspondants.
Information juridique générale à jour en août 2026. Elle ne remplace pas un avis adapté à votre situation.
Questions fréquentes sur les trois rôles
Un actionnaire majoritaire peut-il congédier un dirigeant ? Pas directement. La nomination et la révocation des dirigeants relèvent du conseil d'administration. Un actionnaire majoritaire y parvient indirectement, en révoquant les administrateurs par résolution ordinaire puis en faisant nommer un conseil qui procédera au changement.
Qui a le plus de pouvoir dans une société québécoise ? Cela dépend de l'horizon. Le conseil détient le pouvoir de gestion au quotidien, mais les actionnaires détiennent le pouvoir de composer le conseil. À long terme, c'est donc le contrôle du capital-actions qui décide.
Un administrateur doit-il être actionnaire ? Non. La qualité d'actionnaire n'est pas requise, sauf disposition contraire des statuts. Beaucoup de PME nomment des administrateurs externes pour la gouvernance, sans leur remettre d'actions.
Faut-il un conseil d'administration dans une société unipersonnelle ? Pas nécessairement. L'actionnaire unique qui s'attribue tous les pouvoirs du conseil par déclaration écrite peut choisir de ne pas en constituer, et se libère des exigences relatives aux assemblées et aux réunions du conseil.
Les trois rôles peuvent-ils être occupés par des personnes différentes ? Oui, et c'est souvent souhaitable dès qu'il y a plusieurs investisseurs. Séparer la détention, la gouvernance et l'exploitation clarifie les mandats, limite les conflits d'intérêts et facilite l'entrée d'un actionnaire passif.
Clarifier les rôles avant la première décision difficile
Tant que tout va bien, personne ne demande qui avait le pouvoir de signer. Le jour où un associé veut sortir, où une banque exige une résolution ou où le fisc cotise, la réponse doit être écrite dans le livre de la société.
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